THERAPIE PSYCHOMOTRICE – et recherches – n°172/2012

Déclinaisons autour de la verticalité : son développement
et ses destins

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Des angoisses de « tomber sans fin » des enfants autistes à la chute de la personne âgée, de la construction de l’axe vertical dans le développement normal à son atteinte par le biais des pathologies dégénératives ou des handicaps, comment, nous, psychomotriciens, travaillons-nous la dimension de la verticalité ? De quels outils de réflexion disposons-nous ? Quelles approches techniques, quelles médiations privilégions-nous en séance, pour l’explorer aux côtés de et avec nos patients ? Comment s’inscrit-elle dans notre propre corps ?

Pour prendre un peu de hauteur et mettre en lumière cette notion, il nous a semblé important de croiser les regards de psychomotriciens, jeunes ou plus anciens, encore praticiens ou reconvertis, avec d’autres approches : chercheurs, danseurs, ergothérapeutes, formateurs, médecins, professeurs de psychiatrie, psychologues.

Notre première déclinaison autour de la verticalité est apportée, avec pragmatisme et sensibilité, par une collègue psychomotricienne, Laure GOUGEON, qui déroule devant nous son expérience professionnelle et personnelle dans la lutte pour conserver cette verticalité que nous pensons tous avoir acquise de façon inébranlable dans la petite enfance.

Dans un second regard intitulé « Œdipe, tiens-toi droit ! Verticalisation, étayage et anticipation », Christian ROBINEAU invite la pensée psychanalytique à s’intéresser, notamment dans une relecture du mythe d’Œdipe, à cette problématique où la verticalisation humaine pourrait figurer des troubles de la temporalité, en particulier, de la différenciation des générations. Une hypothèse est alors posée : certaines difficultés de verticalisation, observables cliniquement, pourraient-elles se développer sur le fond d’une problématique de confusion générationnelle ?

Avec « Axial’ poursuite – Axe et spatialité », benoit LESAGE, aborde un processus de structuration du corps dans l’espace, éclairé par les apports de la psychophysiologie (en particulier l’édification tonique et posturale), mais aussi de l’anthropologie et de la psychologie. L’axialité apparaît alors comme la construction tonique modulable qui permet de se saisir et se tenir, qui soutient un point de vue, une situation spatiale qui différencie et relie à la fois les pans de l’espace.

Geneviève PONTON nous exhorte à reconsidérer nos représentations du processus de construction de la verticalité associées à l’âge de nos patients. « Debout » nous présente son travail sur la construction de la verticalité tout au long de la vie, du plus jeune au plus grand âge, jusqu’à aborder la construction de soi par la verticalité.

Dans « un bricolage à plusieurs », comme ils aiment à le dire eux-mêmes, Lionel DIEBOLD, Cécile COSTE-SERENI et Michèle GALANO-DEBAIGT nous présentent « Psychose infantile vieillie : pratiques à plusieurs sur la verticalité et l’agressivité ». A la lecture d’un cas, se déploie tout un dispositif institutionnel avec en parallèle une clinique psychomotrice et son élaboration. Le travail entrepris au niveau de la verticalité, par l’étayage de la parole et du schéma corporel, peut avoir des effets sur l’agressivité d’un sujet psychotique.

Pour « Accompagner la verticalisation dans ses dimensions symboliques et corporelles », Emeline GILLAN aborde la construction de l’axe vertical en lien avec l’environnement affectif de l’enfant, son individuation, sa construction en tant qu’être. Si certaines étapes n’ont pas été suffisamment intégrées, le travail corporel peut permettre d’ouvrir un espace d’expérience, structurer une perception consciente de l’axe. Prendre en compte ces dimensions fondamentales permet alors d’accompagner la verticalisation comme un processus vivant.

Dans cette mouvance corporelle, Florence BERTHIER nous propose « Un fauteuil… Pour danser ! La danse en fauteuil roulant auprès d’adultes polyhandicapés en psychomotricité ». C’est là, selon elle, tout « l’être psychomoteur » qui est concerné, en lien avec le dialogue tonique, le regard, le souffle et l’axe. En se décentrant du corps propre et en s’ouvrant à différents espaces, surgit un espace contenant qui verticalise la personne handicapée, lui autorise le regard, les mouvements, le dialogue : celui du fauteuil roulant.

Pour Elodie HELBOURG et Céline MEYER, « Prévenir les chutes des personnes démentes en EHPAD » est possible pour des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et autres démences. Ergothérapeute et psychomotricienne présentent ici un atelier commun, où elles unissent et coordonnent la spécificité de leurs compétences dans ce domaine.

Enfin, pour terminer ce tour d’horizon, René SOULAYROL nous a autorisé la réédition de « La chute dans l’épilepsie de l’enfant – Aspect psychopathologique et humaniste », article publié en 1997 dans la revue Thérapie psychomotrice, où il étudiait ce phénomène sous l’angle de la psychopathologie. Nous lui avons alors demandé de nous proposer, 15 ans après, un « commentaire-rebond » sur sa publication originale, texte qui clôt momentanément notre réflexion.

Ce numéro 172 de THÉRAPIE PSYCHOMOTRICE -et Recherches- devait décliner autour de la verticalité ; espérons n’avoir pas trop tangué à poursuivre un tel objectif. mais notre propre aplomb ne vacille-t-il pas lorsque nous peinons à atteindre, en temps et en heures, les échéances que nous nous sommes fixés ? Nonobstant un retard de publication parfois conséquent, gageons que vous trouverez, cette fois encore, plaisir à la lecture d’une revue qui incite à garder la tête haute.

 
172 - 01 : INTERVIEW de Laure Gougeon

Interview de Laure GOUGEON par Robert VIALATTE

172 - 02 : "Oedipe, tiens-toi droit !" Verticalisation, étayage et anticipation

Christian ROBINEAU
Psychologue clinicien, ancien psychomotricien. Unité petite enfance Les Pépinières, CMP du secteur de psychiatrie infanto-juvénile I-06 des yvelines (Versailles), hôpital de jour pour adolescents Les Vignolles (Ermont). Cofondateur de L’Escabelle (association de recherche et de formation en périnatalité et petite enfance).

Résumé :
La psychanalyse ne s’est jusqu’à présent guère intéressée à la verticalisation humaine, et pas davantage à la présence massive et récurrente de celle-ci dans son mythe central : celui d’Œdipe. La relecture ici proposée fait apparaître que la verticalisation est essentiellement utilisée, dans l’histoire d’Œdipe, pour figurer des troubles de la temporalité et, en particulier, de la différenciation des générations. De ce constat est déduite, par renversement, l’hypothèse que certaines difficultés de verticalisation observables cliniquement pourraient se développer sur le fond d’une problématique de confusion générationnelle.
Sont abordés les concepts d’étayage (R. Kaës) et d’anticipation (S. Missonnier), susceptibles de fournir un cadre théorique à cette hypothèse.

Mots clés : 
Verticalisation - Étayage - Anticipation - Œdipe - Sphinge - Psychanalyse

172 - 03 : Axial' poursuite - Axe et spatialité

Benoît LESAGE
Docteur en sciences humaines, médecin, formateur en danse-thérapie.

Résumé :
L'axialité est abordée en tant que processus de structuration du corps dans l’espace, éclairé par les apports de la psychophysiologie, en particulier l’édification tonique et posturale, mais aussi de l’anthropologie et de la psychologie. Une référence majeure est celle de l’usage du corps, en particulier l’apport de l’analyse du mouvement développé par l’école labanienne, qui étudie précisément les valeurs expressives des plans et directions. L’axialité apparaît alors comme la construction tonique modulable qui permet de se saisir et se tenir, qui soutient un point de vue, une situation spatiale qui différencie et relie à la fois les pans de l’espace, c’est-à-dire là où advient la rencontre. Des éléments convergents avec la médecine traditionnelle chinoise sont mentionnés.

Mots clés :
Axialité - Axe - Construction tonique - Directions - Plans (de l'espace) - Vestibulaire

172 - 04 : Debout

Geneviève PONTON
Psychomotricienne, formatrice, consultante

172 - 05 : Psychose infantile vieillie : pratiques à plusieurs sur la verticalité et l'agressivité

Lionel DIEBOLD
Psychologue clinicien, 14 rue Fravega – 83000 Toulon, Psychologue clinicien et Docteur en psychologie, Email : lionel.diebold@wanadoo.fr

Cécile COSTE-SERENI
Psychomotricienne.

Michèle GALANO-DEBAIGT
médecin psychiatre

Résumé :
À partir d’un cas de sujet, dit « psychose infantile » vieillie, ayant des problèmes d’équilibre et de passages à l’acte, violents et réguliers, une institution de soin a mis en place un dispositif institutionnel original. Ce « bricolage » à plusieurs a servi à réfléchir sur la manière d’aborder ces difficultés, pendant plus de cinq ans. Des réunions cliniques hebdomadaires ont valorisé l’observation et la pensée. L’intérêt d’un objet régulateur, choisi par ce sujet, s’est dégagé, dans ce travail institutionnel. Ces conditions nécessaires ont présidé à un travail clinique psychomoteur remarquable, sur la verticalité, et avec une élaboration régulière de la pratique, dans l’écrin institutionnel. Cette étude montre comment un passage entrepris au niveau de la verticalité, par le schéma corporel, dans un « bain de langage », peut avoir des effets sur l’agressivité d’un sujet psychotique.

Mots clés :
Psychose infantile vieillie - Agressivité - Passage à l'acte - Verticalisation - Psychomotricité - Nomination

172 - 06 : Accompagner la verticalisation dans ses dimensions symboliques et corporelles

Emeline GILLAN
Danseuse et pédagogue de la danse, diplômée d’ethnologie, d’anthropologie et de sociologie à l’EHESS à Paris, elle anime des ateliers d’expression et d’éducation corporelle et rythmique au sein d’écoles, d’ImE, de centres sociaux, et d’associations.

Résumé :
Sur un plan symbolique, la verticalisation représente le processus par lequel l’enfant quitte l’identification horizontale à la terre, symbole maternel, réalisant ainsi un premier acte fondamental d’autonomie. La construction de l’axe vertical en lien avec le contexte affectif de l’enfant, participe de son individuation : de sa construction en tant qu’être. L’axe corporel révèle ainsi l’histoire personnelle. Au cours de ce processus, il peut y avoir des étapes qui n’ont pas été suffisamment intégrées et dont l’axe porte l’inscription. Le travail corporel peut permettre d’ouvrir un espace d’expérience. Le retour à l’horizontalité et l’exploration des appuis, de même le rebond, relation ludique et dynamique à la terre, la prise de conscience du bassin comme centre moteur : toutes ces dimensions concourent à structurer une perception de l’axe dans un sens plus conscient, à la fois libéré de certaines contraintes physiques, mais aussi permettant à l’expression de se révéler. Prendre en compte ces dimensions fondamentales permet d’accompagner la verticalisation comme un processus vivant.

Mots clés :
Symbolique - Horizontalité - Construction de l'axe - Individuation - Mouvement archaïque - Rebond

172 - 07 : Un fauteuil pour danser ! La danse en fauteuil roulant auprès d'adultes polyhandicapés en psychomotricité

Florence BERTHIER
Psychomotricienne en Géronto-psychiatrie, Résidence Départementale d’Accueil et
de soin.

Résumé :
Lorsqu’un psychomotricien travaille auprès de personnes polyhandicapées, tout « l’être psychomoteur » de chacun est concerné, et cela à un niveau intime qui touche directement l’identité d’une personne. C’est à ce niveau là que le dialogue tonico-émotionnel est utilisé. Cette communication tonique permet à chacun de se reconnaître directement l’un et l’autre. De là découlent toutes les notions chères à notre profession : tout d’abord, en lien avec ce dialogue tonique, le regard, le souffle et l’axe. Puis ensuite en se décentrant peu à peu du corps propre on essaie de s’ouvrir à l’espace et au temps grâce à l’autre. L’altérité n’ouvre pas seulement à un espace à deux mais à un espace plus large commun à tous : le groupe, qui nous inscrit dans l’espace et le temps. À ces espaces, il m’a semblé intéressant d’en ajouter et d’en étudier un qui n’était pas souvent abordé. Il concerne directement une personne polyhandicapée, dans le sens où celle-ci y vit quotidiennement. Il s’agit d’un espace contenant qui verticalise la personne, lui autorise le regard, les mouvements, le dialogue et tout ce que nous mettons au travail dans notre pratique. Cet espace est celui du fauteuil roulant. Il est souvent mis de côté en prise en charge et nous verrons comment, grâce à la danse en fauteuil, il peut être utilisé dans un réel travail thérapeutique auprès de personne polyhandicapées.

Mots clés :
Fauteuil roulant - Danse - Dialogue tonico-émotionnel - Verticalité - Organisation spatio-temporelle

172 - 08 : Prévenir les chutes des personnes démentes en EHPAD

Elodie HELBOURG
Psychomotricienne

Céline MEYER
Ergothérapeute

Introduction :
Peut-on faire de la prévention des chutes chez des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et autres démences ? La réponse est oui. Mais comment ? depuis plusieurs années, l’ergothérapeute et la psychomotricienne d’un EHPAD y travaillent lors d’un atelier qui met en évidence la particularité et la complémentarité de chacune des professions en termes de prévention des chutes

172 - 09 : La chute dans l'épilepsie de l'enfant - Aspect psychopathologique et humaniste

René SOULAYROL
Professeur de Psychiatrie de l’enfant.
Chef du Service de Pédopsychiatrie, CHU Ste marguerite, 270, Bd de Ste marguerite, 13009 MARSEILLE

Résumé :
L'auteur se propose d’étudier le phénomène de la chute de l’enfant épileptique sous l’angle de la psychopathologie. Après un rappel au sens de la verticalité, il propose différentes interprétations de la chute. Il termine enfin sur l’analyse d’un tableau de Raphaël montrant à la fois l’épisode évangélique de l’enfant épileptique et la transfiguration du christ.

Mots clés :
Enfant épileptique - Chute - Psychopathologie

172 - 10 : REBOND - Quinze ans après...

René SOULAYROL
René Soulayrol a été professeur de psychiatrie de l’enfant à la Faculté de médecine de marseille et chef de service de pédopsychiatrie des hôpitaux AP de cette ville. De formation neuropsychiatrique, il a toujours valorisé dans son enseignement les interactions de la psyché et du soma et leurs applications à la clinique, notamment dans le domaine de la psychopathologie de l’épilepsie.

Introduction :
" Je suis très heureux que l’on ait pensé à republier mon texte sur la chute en général et dans l’épilepsie en particulier. Au risque de paraître immodeste, je le trouve tout a fait indiqué comme contrepoint au thème de la verticalité que j’aborde d’ailleurs dans le texte en faisant son éloge."

172 - 11 : 42e des Journées Annuelles de Thérapie Psychomotrice

42ème Journées Annuelles de Thérapie Psychomotrice : Groupe et Psychomotricité
42èmes J.A. de Saint-Etienne