THERAPIE PSYCHOMOTRICE – et recherches – n°165/2011

Dyspraxies ? Hyperactivité ?

Perspectives critiques autour de notions polémiques

Couv165Le champ de la recherche en psychomotricité, dans son déploiement historique, a toujours pu trouver une assise fondamentale bien que complexe (voire polémique) dans l’étude de certains troubles ou affections que se proposait justement de prendre en charge l’approche psychomotrice. Dans ce contexte, le questionnement récurrent autour de l’identité professionnelle s’articule étroitement à l’objet même des prises en charges et des rééducations, faisant émerger de manière régulière certaines « figures » paradigmatiques qui cristallisaient débats et réflexions… Au travers des deux exemples que constituent l’hyperactivité et toute la sphère des TDAH ainsi que de la dyspraxie, nous souhaitions, dans ce nouveau numéro, générer un débat ouvert qui s’appuierait sur l’intérêt toujours actuel porté à ces troubles mais sans pour autant céder à la facilité d’un effet de mode ou à un quelconque hégémonisme théorique. Notre propos restera ici de pouvoir proposer dans une triple perspective épistémologique, clinique et théorique, la rencontre de propos croisés autour de ces sphères afin d’en souligner la complexité et d’éviter toute simplification réductrice, ce qui nous semble correspondre au mieux non seulement à l’exigence de toute forme de recherche scientifique mais aussi à la réalité du terrain et du travail quotidien des psychomotriciens. La pluralité des points de vue exposés pourra peut-être ici donner parfois des sentiments de confusion ou de contradiction mais ces derniers dessinent à notre sens l’espace nécessaire pour générer une réflexion singulière qui ne fasse pas l’économie de la complexité, afin de pouvoir se l’approprier au sein de sa propre expérience clinique.

C’est dans cet état d’esprit que nous vous proposons tout d’abord non pas une mais deux interviews, afin de poser les bases du débat par le biais de propos croisés, autour de Michèle Mazeau et de Fabien Joly, professionnels et chercheurs ayant chacun travaillé à leur manière autour de ces questions et qui nous font part de leurs avis sur le sujet… Suivra ensuite un long texte de Daniel Courberand, issu d’un travail de recherche autour de la dyspraxie et qui nous montrera comment la pluralité des références qu’il utilise favorise la compréhension d’une problématique aux multiples visages. Le travail synthétique proposé par J.-M. Albaret, J. Marquet-Dorléac et R. Soppelsa, clairement situé dans une perspective neuropsychologique, permettra lui de donner un éclairage actualisé sur une des modalités de prise en charge des dyspraxies. Nous retrouverons ensuite Fabien Joly qui nous proposera dans son travail une réflexion touchant à la fois la problématique de l’hyperactivité et la dyspraxie en les resituant dans le contexte plus global des troubles instrumentaux et de leur analyse. Par la suite, Olivier Gorgy ouvrira lui sur une analyse approfondie autour de la différence entre TAC et dyspraxie afin d’éclairer certains enjeux terminologiques, proposant aussi de considérer le terme de résilience neuropsychomotrice pour comprendre d’une manière dynamique le développement des fonctions motrices. Enfin le travail de J.-M. Sartori relance la question des difficultés de diagnostic concernant la dyspraxie en l’envisageant à côté de l’immaturité praxique et montrant, grâce à l’aide de l’expérience clinique, comment l’utilisation des bilans et des évaluations doit s’effectuer de façon suffisamment éclairée pour éviter toute méprise. En périphérie de notre thématique, trois autres contributions viendront prendre place dans nos colonnes, avec tout d’abord un courrier adressé par Mireille Lauze sous la forme d’un billet d’humeur dont le contenu n’est pas sans lien avec les écrits précédents. Coralie Hublier, elle, nous fera partager, à partir de son expérience clinique avec des enfants autistes, la manière dont une référence culturelle (celle du « Petit prince » en l’occurrence) vient soutenir un travail de pensée sensible à propos de rencontres souvent déroutantes et énigmatiques. Aude Valentin-Lefranc, enfin, nous fera partager dans une perspective élargie, la manière dont la psychomotricité peut être pensée sous l’éclairage des sciences humaines et sociales, en soulignant de façon prometteuse son appartenance au « domaine du complexe ». En vous souhaitant bonne lecture à toutes et tous.

165 - 01 : Question de dyspraxie ou dyspraxie en question ?

Daniel COURBERAND
Psychomotricien, psychothérapeute - psychodramatiste - Directeur des SESSAD de l’AMPP de l’Isère (troubles specifiques des apprentissages) et chargé de cours à Lyon1/ IFP.

Nous aborderons ici l’ensemble des problèmes liés à cette question d’actualité grinçante qu’est la dyspraxie pour les psychomotriciens : Nous verrons comment les différentes modélisations actuelles de la dyspraxie, bien que très pertinentes, n’en sont pas moins insuffisamment étayées par des théorisations assez éloignées de la question de la gestualité. Nous développerons donc, grâce aux travaux neuroscientifiques les plus avancés, les fondements neurobiologiques les plus récents pouvant rendre compte du geste et de l’importance de « l’autre » dans l’organisation gestuelle. Nous éclairerons, par le matériau mythologique, tout le processus psychodynamique, psychocorporel de l’avènement de la gestualité et des praxies chez l’enfant, notamment la question de « l’autre et du manque ». Et enfin nous envisagerons les conséquences psychosociales de l’émergence d’un concept de « dyspraxie » qui ne peut malheureusement s’appuyer sur les liens pourtant très forts entre les aspects neurobiologiques et psychanalytiques de ce symptôme.

Mots clés :
Dyspraxie - Neurone - Miroir - Gestualité - Psychomotricité du geste - Mimétisme - Introjection - Identification - Altérité - Autorité - Manque.

165 - 02 : Pertinence de la prise en charge psychomotrice de l'enfant porteur d'un Trouble du Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH)

* Jérôme MARQUET-DOLÉAC
** Régis SOPPELSA

Psychomotriciens. Institut de Formation en Psychomotricité, Faculté de Médecine de Rangueil, Université de Toulouse, 133 route de Narbonne, 31062 Toulouse cedex.

*** Jean-Michel ALBARET
Psychomotricien, Enseignant-Chercheur, Directeur de l’IFP de Toulouse. Institut de Formation en Psychomotricité, Faculté de Médecine de Rangueil, Université de Toulouse, 133 route de Narbonne, 31062 Toulouse cedex. Laboratoire PRISSMH - EA 4561, Université de Toulouse, 118 route de Narbonne, 31062 Toulouse cedex 09.

Le Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) est emblématique du trouble psychomoteur compris comme perturbation de « certains rapports de l’individu avec ses milieux physiques et sociaux » (Corraze, 1999). Ces quinze dernières années ont vu apparaître des modèles neuropsychologiques qui modifient profondément la compréhension de ce trouble ainsi que la nature des outils d’évaluation nécessaires à l’organisation de la prise en charge psychomotrice inscrite dans une approche pluri-, voire inter-, disciplinaire (Barkley, 1997 ; Sonuga- Barke, 2002). Le temps est également venu de répondre à des questions fondamentales sur l’efficacité de la thérapie psychomotrice avec la mise en place de protocoles standardisés.

Mots clés :
Troubles psychomoteur - Processus cognitifs - Examen psychomoteur - Hyperactivité.

165 - 03 : TIC, TAC, TOC, TED et THADA : la fonction et le fonctionnement

Fabien JOLY
Psychologue clinicien - Psychanalyste - Psychomotricien - Docteur en « psychopathologie » Coordinateur du Centre Ressources Autismes de Bourgogne (CHU Dijon) Membre titulaire (conseil scientifique) de la S.F.P.E.A.D.A. - Conseil scientifique de l’A.N.C.R.A.

Si la psychologie et la psychiatrie de l’enfant doivent d’évidence intégrer très naturellement les apports récents des neurosciences et des perspectives cognitives et fonctionnelles dans leurs modes de compréhension de la souffrance de l’enfant autant que dans leurs réponses thérapeutiques ; il nous semble que cette intégration se fait d’une manière parcellaire et anti-psychique, alors qu’elle devrait se penser de manière complémentaire, et être un authentique appel pour une articulation pluridimensionnelle, mieux un plaidoyer pour la complexité du petit d’homme en développement !

On constate de plus que la confrontation des neurosciences et de la psychanalyse passe trop souvent à côté de son objet en shuntant les points d’articulations potentiels entre le neurone et l’inconscient ! Ce saut mystérieux paraît incompréhensible tant qu’on n’aura pas mesurer que ces articulations se tissent à travers l’histoire développementale du sujet et à travers les expériences de son corps-enrelation. Le carrefour psychomoteur est - entre fonctions et fonctionnements - le chaînon manquant à nombre de pathologies développementales et instrumentales autant qu’à l’élaboration psychopathologique.

La clinique (le THADA et les déficits attentionnels, les troubles instrumentaux et l’exemplarité de la dyspraxie ; ou encore le paradigme autistique) nous oblige à engager la réflexion plus loin qu’à une simple lecture contradictoire de deux modèles, mais bien à une tentative d’articulation tant théorique que thérapeutique de la pathologie de ces jeunes patients. Plutôt qu’à une appréhension des fonctions et de leurs spécificités c’est bien aux avatars du fonctionnement des dites fonctions que la psychopathologie renvoie toujours.

Mots clés :
Fonction - Instrumentation - Développement psychomoteur - Investissement - Narcissisme - Motricité ludique en relation - Neurosciences - Psychanalyse.

165 - 04 : TAC et dyspraxie : classifications, modèles théoriques et perspective neuroscientifique pour la compréhension de l'hétérogénéité des profils du trouble des coordinations motrices

Olivier GORGY
Psychomotricien D.E., doctorat en Sciences du Mouvement Humain, expert en Intégration sensorielle et contrôle moteur ; 48 rue Breteuil 13006 Marseille.

Cet article tente de clarifier la différence entre TAC et dyspraxie selon les théories cognitives des apprentissages moteurs et des classifications contemporaines. Le TAC apparaît plus relié à un déficit de la motricité dynamique relié à la mémoire implicite tandis que la dyspraxie serait plus reliée à la motricité volontaire reliée à la mémoire explicite. L’auteur rappelle l’intérêt des approches théoriques considérées tout en introduisant l’importance des notions d’intégration et d’interaction des systèmes perceptif, cognitif et affectif dans l’élaboration des apprentissages moteurs. Le rôle de l’imitation précoce est souligné comme imageant la relation entre action, cognition et émotion. L’auteur introduit la notion de résilience neuropsychomotrice visant à l’adaptation des fonctions d’intégration et d’interaction pour le développement des coordinations motrices, et qui expliquerait pour une part l’hétérogénéité des profils rencontrés. Il fait appel à l’apport des neurosciences pour stimuler une démarche de recherche biomédicale pluridisciplinaire afin de résoudre la complexité des troubles des coordinations motrices.

Mots clés :
Trouble d’acquisition des coordinations - Dyspraxie - Cognition - Neurosciences - Résilience neuropsychomotrice

166 - 05 : Dyspraxie ou immaturité praxique ? La thérapie psychomotrice comme outil diagnostic

Jean-Marc SARTORI
Psychomotricien exerçant à temps plein en cabinet libéral dans la ville de La Rochelle (17), je reçois principalement des enfants et adolescents.
Contact mail : contact@psychomotricite-larochelle.com

La dyspraxie est une pathologie altérant la capacité d’organisation des gestes. Comme toute pathologie, elle exige de répondre à un cadre nosologique, tant sur le plan qualitatif que quantitatif. L’auteur rappelle que les bilans chargés d’évaluer les fonctions praxiques doivent être suffisamment précis et standardisés pour s’assurer que les difficultés soient bien dans le secteur pathologique et non dans le secteur du retard d’acquisition. Il propose également une réflexion sur l’interprétation des résultats obtenus au cours de ces bilans en invitant à replacer l’immaturité de la fonction praxique comme diagnostic différentiel de la dyspraxie et à utiliser la thérapie psychomotrice comme outil diagnostique. Des études de cas illustrent les données théoriques en montrant notamment que l’immaturité praxique est parfois suffisamment grave pour laisser croire à la dyspraxie, et que le travail psychomoteur est alors nécessaire pour permettre à l’enfant de développer ses ressources et ainsi mettre en place une véritable et légitime autonomie.

Mots clés :
Dyspraxie - Immaturité praxique - Diagnostic différentiel - Thérapie psychomotrice - Bilans standardisés - Autonomie.

165 - 06 : Information préoccupante

Mireille LAUZE

Résumé

Le directeur d’une « école » de psychomotricité a refusé un stage à un élève car la pratique du psychomotricien qui l’aurait accueilli n’entre pas dans la ligne cognitivo-comportementaliste de l’école.

165 - 07 : Le petit prince... Une allégorie de la rencontre en thérapie psychomotrice ?

Coralie HUBLIER
Psychomotricienne - 59000 Lille - E-mail : hubliercoralie@yahoo.fr

J’ai reçu un exemplaire du Petit Prince il y a une douzaine d’années... Je l’ai d’abord lu, dans ma jeune adolescence, avec beaucoup de détachement, comme quelque chose qui ne m’était pas vraiment destiné. Quelques années plus tard, il m’a touchée différemment, laissant apparaître quelque message avant de retourner sur son étagère habituelle. Il est finalement réapparu dans de bien singulières circonstances, où, ayant vu partir un « Petit Prince » qui était le nôtre, chaque membre de mon entourage a eu besoin de serrer ce livre entre ses mains… J’ai alors pris conscience que personne ne lisait ces pages de la même manière, qu’elles venaient rejoindre chacun là où il était… Moi, j’étais étudiante. J’ai alors lu, dans cette histoire entre l’aviateur et le jeune prince, ce que je vivais en stage avec chaque nouvel enfant autiste que j’ai pu rencontrer.

Mots clés :
Psychomotricité - Le Petit Prince - Rencontre - Relation thérapeutique - Autisme(s).

165 - 08 : Petit traité de réflexion sur la psychomotricité et la complexité à l'usage des honnêtes gens

Aude Valentin LEFRANC 
Psychomotricienne en capp (paris 17) - cadre de santé formatrice initiale et continue - Master 2 en sciences humaines et sociales

La proposition qui vous est faite dans cet article est la suivante : la psychomotricité est une méta discipline, inscrite dans la complexité de ce qu’est le patient et l’Homme en général. Ce travail d’écriture est né de la rencontre entre la psychomotricité et les Sciences Humaines et Sociales, mais aussi du mariage entre une clinique et des théories. Il est né d’un désir de légitimer et d’asseoir notre pratique de psychomotricien en s’interrogeant sur le « d’où on vient pour savoir où l’on va ». Ces questionnements sont inhérents à l’Homme et permettent ainsi aux patients et aux psychomotriciens de se construire. Le psychomotricien et son approche originale du patient est, nous allons le voir, empreinte de courants antagonistes et de transversalité. Sa légitimité clinique et scientifique tiendrait à cette appartenance au domaine du complexe abordé par Morin. Ce regard complexe permet une approche holistique du patient, nécessaire dans le questionnement et la démarche éthique du psychomotricien.

Mots clés :
Psychomotricité - Complexité - Méta discipline - Paradigme.