THERAPIE PSYCHOMOTRICE – et recherches – n°176/2013

HANDICAPS

Couv176

Tout à la fois facilement identifiable au travers des représentations qu’elle suscite mais aussi par ailleurs fort difficile à cerner lorsqu’on se penche sur les figures cliniques qu’elle est censée englober et sur les modèles théoriques parfois confus voire absents qui la traversent, la notion de handicap appelle en tout cas à une vigilance et à une prudence certaine tant dans son maniement que dans sa compréhension.

Elle véhicule dans son sillage l’image mortifère d’un impact violent, traumatique touchant le sujet autour des grandes sphères de son développement (psychique, psychomoteur, cognitif) de façon isolée ou globale, avec des degrés d’atteinte variés selon les domaines et les étiologies impliquées. S’y trouve régulièrement associée l’idée d’une atteinte irrévocable face à laquelle les tentatives thérapeutiques risquent de se trouver limitées dans leurs effets et leurs prétentions.

Ces quelques éléments de réflexion nous donnent à penser la complexité des enjeux adossés à cette terminologie et notamment le risque qu’elle vienne à englober de façon indifférenciée bon nombre de manifestations cliniques. Cette extensivité, fortement à l’œuvre dans le contexte actuel (voir, par exemple, la notion de handicap psychique) ne peut que solliciter du clinicien (et à fortiori du psychomotricien) une approche plurielle et un questionnement épistémologique éclairé

Au-delà de cet enjeu d’envergure, la rencontre avec les figures cliniques du handicap, inévitable confrontation avec une altérité déstabilisante, appelle à réfléchir sur les finalités et modalités de ce qui s’engage autour du travail en psychomotricité, a n que ce dernier puisse demeurer vivant et créatif.

Les contributions suivantes, exposées dans ce nouveau numéro de THÉRAPIE PSYCHOMOTRICE -et Recherches- et situées dans ces perspectives, proposeront d’aborder cette thématique par des biais variés et pluriels.

S. Korff-Sausse, au travers d’une interview qu’elle nous a accordée, nous invitera à poser les bases générales d’une réflexion introductive d’envergure autour de cette notion.

Ensuite, O. Grim, dans un écrit se référant à son ouvrage, prolongera le propos en s’intéressant aux liens entre handicap et infirmité.

G. Munoz, quant à lui, étudiera dans son travail l’impact de la rencontre avec le handicap en psychomotricité ainsi que les modalités permettant de continuer à penser le sens du soin dans un contexte particulièrement éprouvant pour le clinicien.

Y. Fradet-Vallée, associant à la référence de l’impact de troubles neurologiques sévères les inévitables conséquences liées à l’image du corps qui les accompagnent, nous montrera comment, dans de telles circonstances, le regard du psychomotricien permet de mieux saisir la nature des enjeux impliqués.

Deux expériences autour de l’autisme (C. Raimbault, A. Cathelineau) seront ensuite relatées, soulignant l’intérêt toujours renouvelé tant pour cette pathologie et ses déclinaisons que pour la justesse de la proposition des suivis en psychomotricité la concernant…

Une approche clinique proposant un groupe massage « mère-bébé » (A. Hammoudi, M. Bonnegent) et une autre s’intéressant à la place et au rôle de la voix en tant qu’entre- deux dans une rencontre singulière (A. Louche) termineront la série des articles scientifiques proposés…

En n, dans la rubrique « Témoignages », C. Duthil viendra recentrer la réflexion sur le handicap par le biais d’un questionnement sur l’hyper-sensibilité de la zone orale chez des enfants porteurs de handicaps et présentant des troubles alimentaires…

En vous souhaitant bonne lecture…

176 - 01 : Interview de Mme Simone Sausse-Korff

Simone SAUSSE-KORFF
Psychologue, psychanalyste (SPP), maître de conférences en psychologie (Université Paris 7-Denis Diderot).

176 - 02 : La notion de handicap - Nouvelle figure de l'infirmité

Olivier GRIM
Psychomotricien, Docteur en Anthropologie Sociale et Ethnologie, EHESS.

Résumé :
La notion de handicap dans ses fondements devrait être familière aux professionnels du médico et du sanitaire et social. Il n’en est rien. Comme si nous étions en présence d’ébénistes non seulement incapables de distinguer les différentes essences de bois mais de surcroît n’en voyant pas la nécessité et l’importance. Que penser de tels ébénistes ? Ce qui va suivre est une commande de la présente revue et reprend un chapitre de mon premier ouvrage Du monstre à l’enfant, anthropologie et psychanalyse de l’infirmité, paru en 2000 aux éditions du CTNERHI et aujourd’hui largement épuisé.

176 - 03 : Le polyhandicap, une problématique psychomotrice existentielle (ou l'épineuse question du "T'as mal où ?")

Gaëtan MUNOZ
Psychomotricien D.E. en Maison d’Accueil Spécialisée et en H.A.D. pédiatrique, Chargé d’enseignement à L’IFP de Lyon, Formateur.

Résumé :
L’auteur propose une réflexion et un point de vue sur le polyhandicap qui conduisent à s’interroger sur la sou rance du sujet polyhandicapé. Se formule ainsi un questionnement central : comment penser les thérapeutiques psychomotrices au regard de la problématique du sujet polyhandicapé ? Dans une deuxième partie, le choix de présenter un « conte clinique » invite à se décaler de possibles effets sidérants et figure la tentative de faire un pas de côté par rapport à une clinique éprouvante, qui vient chercher le thérapeute dans les confins de ses propres parties archaïques... Enfin, une dernière partie soutient la nécessité d’un travail de transformation d’une symptomatologie vers la compréhension et la formulation d’une problématique psychomotrice dans le traitement du patient polyhandicapé.

Mots clés : 
Polyhandicap - Souffrance - Problématique psychomotrice - Auto-agrippements - Bipolarité sensorielle - Mantèlement/ démantèlement.

176 - 04 : Habiter son corps après un séisme neurologique

Yolande FRADET VALLÉE
Psychomotricienne et psychologue clinicienne, chargée de cours à l’Institut de Psychomotricité, Paris VI.

Résumé :
Après une effraction neurologique, suite à un accident ou une maladie, la thérapie psychomotrice soutient l’adulte pour ré-habiter son corps.
À partir d’une étude de l’image du corps chez des adultes traumatisés crâniens au travers du dessin du bonhomme, nous observerons la façon dont ces personnes se perçoivent corporellement au cours de la phase de reconstruction. Puis nous identifierons les éléments fondamentaux à prendre en compte dans leur accompagnement clinique. La singularité de l’expérience : le corps a souffert et souffre encore, la relation à soi est chamboulée, la vie psychoaffective et sociale est le plus souvent sévèrement mise à mal.

Mots clés :
Neurologie adulte - Atteintes cérébrales sévères - Schéma corporel - Image du corps.

176 - 05 : "Faut qu'vous sachiez ! " Témoignage d'une rencontre en psychomotricité

Carole RAIMBAULT
Psychomotricienne.

Résumé :
S’inspirant principalement des travaux de A. BULLINGER, cet article se propose de décrire les enjeux corporels repérés chez Sylvain, un jeune adulte de 20 ans présentant très probablement un syndrome d’Asperger (le diagnostic est en cours de confirmation) et la prise en charge en psychomotricité qui lui a été proposée. Pendant trois années, un travail a été réalisé afin d’approcher la dimension corporelle et psychomotrice de son fonctionnement, autrement dit cette singulière manière d’habiter son corps et sa sensori-motricité ou sa psychomotricité. Cet article est un retour d’expérience sur l’accompagnement en psychomotricité réalisé pendant trois années au sein d’un SESSAD (Service d’Education et de Soins Spécialisés A Domicile). Afin de refléter la dynamique qui s’est jouée, l’intérêt de cet écrit est de présenter l’analyse du psychomotricien tout en introduisant les propos de Sylvain. On trouvera donc tout au long du texte des extraits d’une chanson que Sylvain a écrit à l’issue de ce travail et qu’il a justifié ainsi : « parce qu’il faut que vous sachiez ».

Mots clés : 
Asperger - Habitation corporelle - Unité corpopsychique - Sensori-motricité - Régulation tonique - Généralisation.

176 - 06 : Autisme et Psychomotricité : Une expérience en SESSAD

Anaïs CATHELINEAU
Psychomotricienne. IME TERANGA -100 rue des fougères 69009 LYON Libéral à domicile et école LYON et communes limitrophes.

Résumé :
La prise en charge psychomotrice des enfants autistes doit répondre à des besoins sensori-moteurs particuliers et être corrélée à des principes d’éducation structurée. Cet article relate le suivi psychomoteur d’un jeune enfant autiste au cours de séances de parcours psychomoteurs et présente comment le travail du psychomotricien peut s’inscrire dans une structure inspirée du programme TEACH.

Mots clés :
Psychomotricité - Autisme - Sensori moteur - Structuration.

176 - 07 : Un groupe massage thérapeutique mère bébé, Un dispositif à visée thérapeutique par un abord corporel et groupal

Agnès HAMMOUDI
Psychomotricienne. Auteur contact : Agnes.hammoudi@cegetel.net

A. BONNEGENT
Puéricultrice.

Centre d’action thérapeutique du tout petit : CATTP Le Petit Moulin
9 rue du Moulin 94000 Créteil - 5ème inter secteur de pédopsychiatrie - Chef de service : Dr Sarfaty

Résumé : 

Dans ces premiers moments de vie où le dialogue des corps mère-bébé, le portage est tellement nécessaire, les interactions si précieuses à la construction du petit d’homme, une psychomotricienne et une puéricultrice mettent en place un dispositif de soin relationnel mère-bébé par un abord corporel et groupal : un groupe massage thérapeutique mère-bébé.
Le massage reconstruit l’enveloppe peau du bébé qui modifie sa tonicité et agit ainsi sur le dialogue tonique avec sa maman, mais il offre également un soutien pour la maman dans sa recherche des gestes adéquats vers son bébé. Ce travail thérapeutique permet de modifier la spirale interactive entre la maman et son bébé, prévenant ainsi des troubles ultérieurs chez le nouveau né. Ce dispositif, par son effet de contenance et de portage, évoque une « matrice protectrice » qui permet des mouvements de régression des mamans et l’expression contenue de leurs angoisses. Il soutient ainsi les mamans à amorcer un processus d’élaboration. Des mouvements identificatoires peuvent alors s’installer et leur permettre d’entrer dans un processus de maternalité.

Mots clés :
Massage - Contenant - Groupe - Intéraction - Enveloppe

176 - 08 : La voix, entre-deux en psychomotricité

Anaïs LOUCHE
Psychomotricienne. RézoCAMSP (43) - Mémoire D.E. Psychomotricité 2011, à Lyon. louche.anais@hotmail.fr

Résumé :
En thérapie psychomotrice, le professionnel est attentif au corps, et donc à la voix. Dans cet espace de soin, l’expression vocale du sujet autistique peut nous aider à comprendre sa souffrance, sa problématique psychocorporelle. De même, la voix du psychomotricien peut être un moyen d’accompagner l’enfant autiste sur le chemin de son individuation, en ouvrant un espace transitionnel, entre-deux permettant de créer un premier lien. Ma rencontre avec Ness, « l’enfant sonore », en est une illustration. Par son caractère transitionnel, entre l’illusion de fusion et la conscience d’une altérité, entre le dedans et le dehors, entre corps et psyché, dans l’espace de la rencontre entre deux sujets, la voix participe à la construction identitaire de l’individu.

Mots clés :
Autisme infantile - Espace potentiel - Individuation - Oralité - Transitionnalité - Voix.

176 - 09 : Approche psychomotrice de l'hyper-sensibilité tactile dans les troubles alimentaires

Céline DUTHIL
Psychomotricienne en CAMSP polyvalent.

Résumé :
Psychomotricienne en CAMSP, je rencontre des enfants porteurs de handicaps et en difficulté dans leur alimentation. Parmi les multiples facteurs possibles de ces difficultés alimentaires, on observe des troubles de la sensibilité dans la zone orale qui peuvent résister à la prise en charge orthophonique et s’associer à une hypersensibilité tactile globale (s’étendant à l’ensemble du corps) et qui, à ce titre, interpellent le champ de compétence du psychomotricien.
En complément des éléments cliniques, le psychomotricien dispose du bilan sensorimoteur d’A. Bullinger comme outil d’évaluation de cette hypersensibilité. La prise en charge consiste ensuite en un travail de « désensibilisation » par le biais de diverses sollicitations tactiles proposées, selon un cheminement, dans trois « sphères » (le corps, les mains, le visage). Ce travail se trouve illustré ici par le récit d’un suivi individuel et d’un dispositif de groupe.

Mots clés :
Handicap - Troubles alimentaires - Hypersensibilité tactile - Bilan sensori-moteur - Travail de désensibilisation.